
Frédéric Thiebault : « se remettre en cause constamment »
11 septembre 2025Dans un contexte de réchauffement climatique et d’innovations technologiques, Frédéric Thiebault, directeur délégué de La Camda, explique au journal La Marne Agricole comment son entreprise s’adapte à de nouveaux enjeux.
Quels sont les enjeux majeurs pour l’avenir de votre activité ?
Notre secteur est à la croisée de la santé publique, de l’agriculture et de l’environnement. L’enjeu majeur réside dans notre capacité à évoluer vers une transition écologique de nos méthodes d’intervention.
Avec le réchauffement climatique, nous faisons face à une prolifération de certains nuisibles et à l’allongement de leurs saisons (comme pour les chenilles processionnaires) ou au décalage des saisons pour les frelons. L’évolution du climat est aussi à prendre en compte en période de chaleurs, ou en hiver lors de montées des eaux ou de fortes pluviométries, qui font migrer les populations de nuisibles et modifient leur comportement.
Notre défi est de continuer à garantir l’hygiène rurale et urbaine ainsi que la sécurité des stocks agricoles et alimentaires, tout en réduisant l’impact de nos traitements, en favorisant le biocontrôle, les méthodes de lutte alternatives et des méthodes préventives raisonnées.
« À la Camda, nos techniciens ont un rôle d’auditeur et de conseiller : face aux clients (particulièrement dans les industries sensibles comme l’hôtellerie, l’agroalimentaire ou les collectivités), le technicien mène de véritables diagnostics de risques sanitaires »
Comment le métier de technicien hygiéniste évolue-t-il ?
Du technicien hygiéniste au conseiller hygiéniste : le profil recherché sur le marché du travail a changé. L’image de l’applicateur qui se contente de pulvériser du produit s’efface. À la Camda, nos techniciens ont un rôle d’auditeur et de conseiller : face aux clients (particulièrement dans les industries sensibles comme l’hôtellerie, l’agroalimentaire ou les collectivités), le technicien mène de véritables diagnostics de risques sanitaires.
Il faut aussi des compétences en communication : face au stress des clients (notamment lors de crises liées aux punaises de lit ou aux frelons asiatiques), la pédagogie, l’explication des protocoles et la réassurance sont devenues des compétences clés.
Quelles sont les innovations technologiques que vous attendez ?
L’innovation est le moteur de notre mutation. Nous attendons beaucoup du développement des solutions alternatives sans chimie, notamment pour la désinsectisation des grains, où la demande pour des traitements thermiques (thermonébulisation) ou sous atmosphère contrôlée explose.
Sur le terrain, nous sommes très attentifs au développement de l’IoT (l’internet des objets), avec des pièges connectés qui nous permettent de surveiller les infestations de rongeurs en temps réel. Des évolutions sont également attendues sur l’identification des insectes et leur surveillance.
Nos techniciens déploient des dispositifs intelligents (boîtes multicaptures, détecteurs thermiques ou de mouvement) qui signalent en temps réel le passage d’un rongeur ou d’un insecte. Plus besoin de faire des tournées à l’aveugle pour vérifier des pièges vides.
Le « proofing » et le préventif : le cœur du métier se déplace vers l’analyse structurelle. Le technicien devient un conseiller capable d’identifier les failles d’étanchéité d’un bâtiment pour empêcher l’intrusion (colmatage, grillage mécanique).
De quelle façon utilisez-vous l’intelligence artificielle (IA) ?
Dans les métiers de la 3D, l’IA devient un formidable outil de prédiction et de prévention. En croisant les données météorologiques, les cycles de reproduction et nos historiques d’intervention, l’IA va nous aider à anticiper les pics d’infestation, qu’il s’agisse de l’émergence des chenilles processionnaires ou des migrations de rongeurs selon les saisons. Elle nous permet aussi d’optimiser les tournées d’intervention de nos techniciens sur de larges territoires communaux, ce qui améliore notre réactivité tout en diminuant notre empreinte carbone.
La traçabilité numérique : les rapports d’intervention et la cartographie des points d’appâtage (exigée par les normes de type HACCP en agroalimentaire) se gèrent désormais instantanément via des applications mobiles dédiées.
Propos recueillis par La Marne Agricole



